Alhambra, festival La Bâtie, Genève, 4 septembre 1998

Chokebore + Mark Eitzel

En annonçant Chokebore comme un groupe rock hawaïen, on s'imagine instantanément des colosses tatoués éructant un hard core plombé en secouant leurs tignasses. On est loin du compte.

Du hard core, cette formation originaire d'Honolulu n'a gardé que l'essence. La faculté de créer l'émotion à partir de pas grand-chose. Deux accords de guitare déclinés sur plusieurs tonalités, une production tellement low-fi que la haute technologie n'est plus qu'un lointain souvenir et le résultat est là, époustouflant.

Groupe de scène avant tout, ils présenteront, exceptionnellement pour ce concert, une formation acoustique. Chokebore a tourné à ce jour dans vingt et un pays. De la Finlande à la Bosnie, aucun public n'est resté insensible à la musique à la fois forte et subtile de ces quatre Américains.

Incapable de se séparer des brumes de l'Angleterre qui l'a vu grandir, Mark Eitzel est allé s'installer à San Francisco, ville réputée pour la fréquence de ce phénomène climatique. Aime-t-il à ce point le côté protecteur des voiles opaques de son enfance ou est-ce sa propension à la mélancolie qui l'a fait poser ses valises au nord de la Californie ? Probablement les deux.

Ex-chanteur d'American Music Club, Mark Eitzel est encore injustement méconnu du grand public. Il a pourtant collaboré avec des membres de Sonic Youth pour son dernier album et Peter Buck (de REM) sur le précédent. Tous le citent comme une référence.

Très empreinte de nostalgies et déceptions diverses, sa musique a un effet apaisant, réconciliant son auditeur avec ses peines et démons.

Guitariste et songwriter talentueux, il fignole une pop subtile et aérienne, comme un artisan amoureux de son art. Avec un talent et une patience dont l'aboutissement ressemble à s'y méprendre à une forme de perfection.

Jean-Luc Vonnez

Webdo