Chokebore - Black Black

A chaque nouvel album de Chokebore on est tenté de vérifier sur un atlas que Hawaï n'est pas une langue de terre paumée en plein océan Antarctique. Car la musique de Chokebore est glaciale, inquiétante, fataliste et pourtant entêtante. Troy Bruno von Balthazar et son regard de fou de Bassan qui rit de savoir la vie si fragile, est un vrai song writer, de la trempe de Ian Curtis ou Kurt Cobain (qui ont vu la mort de bien trop près), de ceux qui écrivent par nécessité, dans une urgence salvatrice et dont les mots sont douloureux, fragiles, contagieux. Si Chokebore ne parvenait pas toujours à accrocher sur la longueur d'un album, la formule se révélant souvent redondante, "Black Black" - pourtant encore plus dérangeant que ses prédecesseurs - courtise puis fascine, aguiche puis emprisonne, grâce à des compositions justes et simples, si limpides qu'elles en paraissent évidentes. Entre ballades électriques schizophréniques, où la voix de Troy reflète une émotivité presque palpable et se traîne sur quelques arpèges fainéants, et des compositions plus loud, plus caverneuses, plus dark mais contrastant magnifiquement avec les délires vocaux de Troy, Chokebore nous offre un album poignant aux mélodies 'spleenantes', un objet délicat qui rendra le soleil estival plus pâle et le ciel moins bleu et nous fera guetter fébrilement les pluies automnales. Souhaitons juste que ce disque ne soit pas leur dernier.

T.B.

Urban #11 (juin-juillet 1998)