Chokebore - It's a Miracle

Il est toujours un peu difficile d'accueillir un nouvel album de Chokebore, "It's a Miracle" en particulier. D'abord, parce que 4 ans après "Black Black", on l'attendait sans trop vraiment y croire, et ensuite parce que "Black Black" est un album dont on ne se lasse pas, même plusieurs années après sa sortie.
Alors "It's a Miracle" est-il a la hauteur de son prédécesseur ? Il faudra en juger sur la longueur. Mais à la question "est-ce un bon album ?", on peut répondre tout de suite : oui. C'est même un excellent disque. Excellent, et plutôt surprenant, la musique du groupe ayant suivi son propre chemin, gardant son identité, mais se radicalisant. Alors que leurs récents concerts laissaient s'attendre à un disque rapide et énervé, cet album s'avère être calme, posé, et surtout très réfléchi. Les arrangements, chose nouvelle chez Chokebore, sont très travaillés : des chœurs, des guitares acoustiques sur une bonne moitié des morceaux, et même un clavier bienvenu sur "Ultra-Lite".
Alors bien sûr, certains morceaux frappent d'entrée par leur évidence : "Ciao L.A.", qui ouvre l'album, est un tube. Une mélodie tordue mais accrocheuse emmenée par une batterie claire et lourde, qui marque la chanson du début à la fin. Troy répète "Black Black" d'un bout à l'autre du morceau, comme pour remettre les choses à leur place. "Little Dream" déborde d'énergie, à la manière de "Smaller Steps" (sur "A Taste for Bitters"). La encore, une mélodie typiquement chokeborienne, qui ne ressemble à rien d'autre, mais qu'on retient forcément.
C'est peut être ça leur secret. Car des mélodies entêtantes, cet album en est plein à craquer. D'autant que le groupe délaisse un peu la tension si caractéristique de "Black Black", sans revenir au son plus brut des albums précédents, mais pour accentuer la remuante mélancolie de leur musique.
Impossible d'être insensible à l'ambiance crée par "Police" ou "I'll Save You", chansons lentes mais entraînantes, hors des structures classiques, ou encore de "Be Forceful", plus dissonante, qui laisse imaginer sans peine l'improvisation, tout aussi vocale qu'instrumentale, dont elle doit être issue.
"Snow" est l'aboutissement de ce travail sur le son et les ambiances. Une intro surprenante, suivie d'un couplet ou se mélangent très justement guitares acoustiques et électriques, pour mener à un refrain presque instrumental dans lequel la voix semble venir de très loin. Le disque s'achève comme commençaient les concerts du groupe l'année dernière, avec "She Flew Alone", chanson courte, simple et belle, où une première partie acoustique précède un final dont les guitares se font plus énergiques, tout en gardant cette mélancolie presque palpable qui habite tout le disque. Un disque qu'on apprend à connaître au fur et à mesure des écoutes, jusqu'à finalement ne plus pouvoir s'en détacher. Et c'est à ça qu'on reconnaît les grands disques.

Simon B.

webzine Nameless (9 avril 2002)