Interview : Jon

Les 2 derniers albums ont été enregistrés en France, vous avez commencé vos deux dernières tournées en France : c'est une coïncidence où vous aimez particulièrement venir ici ?

Nous aimons être en France c'est sûr, mais il y a d'autres raisons. Pour le studio, nous voulions essayer quelque chose de différent, des endroits différents. L'enregistrement de A Taste for Bitters s'était bien passé, alors nous sommes revenus pour Black Black. Les tournées ont commencées ici car notre agent principal est en France.

Quand as-tu quitté Hawaï pour Los Angeles ?

J'ai quitté Hawaï depuis assez longtemps en fait, pour aller aux grandes universités. Les autres sont partis un peu plus tard que moi. Troy revient le plus souvent possible, mais ma mère est partie donc j'ai moins de raisons d'y retourner. Ma famille habite dans le Midwest à présent, ma mère apprécie le fait qu'il y ait des saisons.

Ce fut un choc de passer de Hawaï qui paraît paisible à L.A. qui le paraît moins ?

Les deux sont violents, grandir à Hawaï est une expérience assez violente. Les gosses nous tapaient dessus sans arrêt car ils n'aiment pas les étrangers et les punks. D'un autre côté, vivre à Los Angeles n'est pas une transition si difficile car ce n'est pas si violent, il y a toujours l'océan pacifique, le soleil, la plage... Je ne vais pas si souvent à la plage mais cela crée des similarités. Cela aurait été différent dans une ville de la côte est. Mais j'aurais sans doute du mal à vivre loin de l'eau.

D'où le titre de votre second album. As-tu lu Moby Dick ? Pour Melville, les gens sont toujours attirés par l'eau.

J'en ai lu la moitié (sourire) ! Mais c'est vrai, à Paris, tout le monde va vers le fleuve.

Qu'y a-t-il de Hawaï dans votre musique, le fait de venir d'une île vous influence ?

Être isolé, coupé de tout (rires) ! Il est sûr que le fait de grandir sur une île nous a poussés à faire de la musique. Les bons spectacles n'arrivaient pas jusqu'à nous, il n'y avait pas grand chose à faire. Cela nous a poussés à être un peu plus créatifs. Le seul moyen d'entendre de la bonne musique était de la faire toi-même, avec tes amis.

Qu'est-ce que tu écoutais à Hawaï ?

Toutes sortes de choses, mais principalement de la musique underground à guitares car tout d'un coup nous avions réalisé qu'il n'était pas indispensable d'être un bon musicien, il n'y avait qu'à se lancer et se marrer. En ce moment, j'écoute Tricky. Un de mes amis à Los Angeles gère un club où il reçoit des DJs. J'écoute ce que mes amis écoutent, ça élargit mes horizons.

Pourquoi avez-vous coupé Smaller Steps à la fin ?

Nous réfléchissions à la manière dont nous voulions la terminer, et nous nous demandions si elle n'était pas trop longue. Alors nous l'avons coupée (geste et rires) ! C'est assez sévère mais la transition avec le morceau suivant, un morceau lent, est plutôt réussie.

Mon hypothèse était que vous vouliez éviter que les gens ne le prennent pour un hymne.

Il y a peut-être un peu de ça. Peut-être que cela nous effraie un peu.

Vous changez beaucoup de batteur. Sur Anything Near Water, le nom du batteur est None (aucun).

C'est ainsi qu'il voulait être crédité. En fait, cela s'est un peu terminé comme ça puisque nous avons splitté après l'album. Nous étions de plus en plus éloignés, cela devenait difficile de s'entendre. Avec le batteur de A Taste for Bitters, il était entendu qu'il ne jouerait avec nous que sur cet album : il voulait jouer sa propre musique, et il avait une maladie des oreilles qui l'a empêché de nous accompagner en tournée. Mon frère, Frank, nous accompagne à la batterie pour cette tournée.

Tu es le skateboarder du groupe ?

Non, c'est plutôt le batteur. Je suis le premier à avoir arrêté les frais, j'étais le plus mauvais (rires) ! Troy a arrêté il y a 6 mois en raison d'un accident assez grave dans une piscine, en y sautant en skate il s'est complètement niqué le genou.

J'en déduis qu'il n'y avait pas d'eau dans la piscine !

Non, la transition fut vraiment difficile (rires) !

Je savais déjà que Troy aimait les plongeons acrobatiques, il parlait de plonger dans la mer comme Farrah Fawcett dans une de ses nouvelles. Une nouvelle délirante et très drôle parlant d'un poulet en caoutchouc géant et très féroce. C'est franchement éloigné de l'univers de vos chansons.

Quand nous sommes entre nous à discuter, nous sommes plutôt déconneurs. Mais nous préférons écrire des chansons "pas drôles". La comédie convient mieux à d'autres genres. Qui sait ce qui arrivera dans le futur, mais être positif, optimiste, ce qui nous arrive de temps en temps (sourire) ne nous motive pas, ne nous renforce pas pour écrire des chansons.

Tu as déjà essayé d'écrire dans ces moments d'embellie ?

Non, ce serait à chier (rires) ! Je ne me sens vraiment pas obligé de travailler quand je suis de bonne humeur. Je pense que quand on est triste, on est plus concentré sur soi-même. En revanche jouer me fait me sentir bien.

Tu ne comptes pas écrire tes propres paroles ?

J'écris, mais d'autres trucs. J'écris des histoires. J'ai écrit des paroles pour un groupe quand j'étais plus jeune.

Tu souhaiterais que tes histoires soient publiées ?

Oui, d'ailleurs je suis supposé écrire à propos de... J'écris sur les choses et les gens, c'est assez abstrait. J'écris des trucs sur l'art, des performances à New York et c'est encore plus abstrait.

Vas-y, tu sais, à Paris, nous sommes très sophistiqués (rires) !

Je sais, simplement c'est en dehors du contexte, c'est lié à des performances visuelles que nous avons effectuées : difficile d'en parler comme ça. Il y a des danseurs et de la musique, et en général j'écris sur ça. Nous les présentons, nous essayons de les décrire techniquement ou de décrire ce qui les a inspirées, peut-être l'énergie, ce que nous avons essayé de créer. Mais c'est difficile car nous ne posons pas trop d'exigences sur ce que nous essayons de créer (rires) !

Olivier et Bidule

Shamrock