Chokebore - It's a Miracle

C'est certes un miracle que Chokebore soit encore en vie mais cela ne l'a pas pour autant rendu plus guilleret. Chokebore est probablement un des groupes les plus écorchés qui soit. Après une longue période d'absence, le quatuor d'Hawaï débarque avec son album le plus tranquille. Les grosses saturations noisy et les frappes lourdes ont été abandonnées pour une approche tout en intimité. Le temps semble avoir eu gain de cause de la violence du groupe mais pas de son mal de vivre. Au contraire. "It's a Miracle" est d'une opacité troublante. Sans puissance sonore pour le couvrir, Troy Balthazar se livre intégralement raclant le fond de son âme maladive de sa voix si particulière. Sans arrangements superflus, le trio retrouve le goût du dénuement le plus absolu. Troy a oublié la hargne viscérale de ses débuts sur Amphetamine Reptile pour utiliser sa voix comme un véritable instrument. On se laisse progressivement bercer par ce spleen ambiant ("Snow") et on se prend au jeu de cette tristesse maladive ("Ultra-Lite" son piano plombé et ses accentuations Beatles). La monotonie qui s'installe fait partie du style Chokebore. Curieusement, le seul faux pas paraît le seul morceau au goût d'électricité "Ciao L.A." où la voix de Troy horripile dans son maniérisme comme s'il croyait plus à la rage. Profondément intérieur, "It's a Miracle" s'apparente à une cicatrice qui ne parviendrait pas à se refermer. On comprend pourquoi complètement ignoré de l'autre côté de l'Atlantique, Chokebore draine par chez nous album après album un noyau de fans totalement envoûtés.

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Olivier Portnoi

Rock Sound #102 (mai 2002)