Chokebore - Black Black

Chokebore nous reprend là où il nous avait laissé avec A Taste for Bitters. La situation n'a guère évolué pour le quatuor hawaïo-californien. Amphetamine Reptile le lâche au point de ne pas lui assurer la sortie de l'album aux Etats-Unis. N'existant plus de ce côté-ci de l'Atlantique, AmRep se voit supplanté par Boomba Records qui prendra en licence, suivant son bon vouloir, les produits AmRep, donc. La bande à Troy reste en France pour enregistrer son quatrième opus et ne voit plus bien que la France et l'Allemagne pour croire en elle. A l'image de sa musique, l'environnement social de Chokebore est sombre, noir, très noir. Cet album aurait très bien pu s'intituler "The deepest black of darkness" ! Troy Bruno von Balthazar est plus torturé que jamais, sa voix plaintive. Il se... harakirise et dévoile impudiquement son âme. Possédé par mille maux viscéraux, il s'exorcise en long et en large. Cela devient un lieu commun de dire que Chokebore hausse le niveau à chaque sortie, et Black Black ne vient en rien briser la côte ascendante, ultime marche avant la canonisation. Mais en s'appelant Balthazar, n'était-ce pas prédestiné ? Chokebore est passé maître dans l'art des nappes de guitares supersoniques, enclumes de dentelle vous piégeant dans leur toiles. Assurément l'un des groupes les plus importants de la décennie vient de pondre un album qui ne sera pas, espérons-le, testamentaire. Il semble en tout cas qu'il ait été conçu comme si cela devait être le dernier, avec les tripes à l'air.

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Patrick Tad Foulhoux

Rock Sound #58 (mai 1998)