Chokebore - A Taste for Bitters

photo : Denis Pourcher


Chokebore est bien un quatuor californien d'adoption et hawaïen d'origine. La bande à Troy était jusque là auteur de deux bouleversants albums et de captivants concerts. Les quatre garçons ont mis en boîte un troisième volume discographique en France, lors de l'une de leurs pérégrinations sur le vieux continent. Malgré le très justifié engouement suscité par leur indéniable talent, Chokebore ne semble pas vraiment conscient de ce qu'il génère et n'a donc pas profité de l'aubaine pour miser sur une superproduction et une débauche d'arrangements pour en mettre plein la vue à l'auditeur. Chokebore a plutôt investi dans ses propres valeurs, le talent d'écriture de Troy, sa voix sans commune mesure, des chansons aux structures basiques, où l'accent est mis sur les ambiances ou sur l'énergie toute en retenue sur des passages faussement calmes ou paisibles qui annoncent immanquablement un déluge de guitares. La magie du groupe est de ne jamais s'emballer sur d'infernales rythmiques, mais plutôt de travailler en profondeur ses ambiances. Il préfère tisser sa toile pour prendre au piège l'auditeur curieux et attentif que taper à 150 bpm pour s'attirer les faveurs facilement. Il ne faut pas en conclure que ce ne sont que de funestes intellos ne s'adressant qu'à une génération d'adultes, car même les plus jeunes vibreront à ces complaintes écorchées. Bien menteur celle ou celui qui n'avouerait pas avoir vu ses poils de bras se dresser quand Troy vocalise. Ces gars-là vouent un culte aux mélodies, aux bonnes vibrations, à la puissance, à l'énergie. Un vrai groupe de guitares agrémenté d'un des plus grands chanteurs rock. Sur "Days of Nothing" plane étrangement l'ombre des Beatles et l'on se dit que McCartney devrait être intrigué par la texture vocale de Troy Bruno. Peut être que Chokebore ne connaîtra pas les mêmes aventures que les Beatles ou Nirvana ("Narrow"), pourtant, le groupe est de cette trempe là. Des trois albums de Chokebore, il sera difficile d'en conseiller un, mais l'on dira "A Taste for Bitters" puisqu'il est d'actualité.

****°

Patrick Tad Foulhoux

Rock Sound #39 (octobre 1996)