Interview : Troy

Ce qui frappe à l'écoute des disques de Chokebore, c'est cette tendance à la mélancolie, un sentiment fort que l'on ne peut s'empecher de ressentir à l'écoute des mélodies qui tendent à la neurasthénie. Groupe d'origine hawaïenne, leur pop noisy évoque des paysages aux antipodes de ces sirènes qui jouent de leurs charmes devant les surfeurs. La musique de Chokebore est en équilibre sur un fil imaginaire, celui de l'incertitude et de la pureté, celui de la violence trop plantureuse pour pouvoir réellement exploser. Leur nouvelle livraison, intitulée Black Black, efface tous les essais précédents par sa grande maturité. Profitant d'une excursion à Paris, nous avons posé quelques questions à Troy, le leader.

Où avez-vous enregistré ce nouvel album ?

A Angers, dans les studios Black Box.

Pourquoi un tel choix ?

Tout simplement parce que nous sommes satisfaits de leur travail, et qu'il n'y a donc pas de raison de changer.

Avez-vous une anecdote à propos de la chanson Valentine ?

Je l'ai écrite il y a très longtemps, bien avant que le groupe se forme. J'avais l'habitude de revenir de chez ma copine, j'étais en voiture, et j'aimais éteindre mes phares et rouler le plus vite possible pour voir jusqu'où j'étais capable d'aller. Le texte parle de cela. Je me demande si je vais arriver chez moi en entier. Je me souviens d'une sensation très forte, celle de voler dans la nuit, sans aucun bruit autour de moi, comme si je m'élevais dans les airs. Et Valentine, c'est le prénom de ma petite amie.

Pourquoi avez-vous attendu aussi longtemps avant de l'enregistrer ?

Je n'avais jamais réussi à en être pleinement satisfait. Je l'avais composée sur une guitare acoustique, mais je préfère cette version électrique. En fait, j'ai eu beaucoup de mal à la compléter.

J'ai lu que vous perceviez ce quatrième disque comme étant le meilleur.

Oui, c'est vrai. Depuis toujours, nous avons cette volonté de nous perfectionner chaque fois que nous allons en studio. Je pense qu'aujourd'hui, notre musique n'a plus vraiment besoin d'être violente pour convaincre, que nous avons réussi à atteindre un seuil où l'atmosphère se suffit à elle-même. De plus, j'ai beaucoup travaillé sur les textes, et ceux-ci me satisfont de plus en plus.

Justement, avez-vous une explication au fait que votre musique soit moins énervée qu'auparavant ?

Je recherchais cette relaxation qui, de toute façon, se marie mieux avec mes textes que je veux dérangeants. Or, il est très difficile d'accompagner de tels textes avec des tempos agressifs, c'est une redondance. J'aime privilégier les ambiances noires. D'ailleurs, on me dit souvent que je devrais aller me faire soigner au lieu d'écrire des histoires aussi sombres, mais je préfère continuer dans cette voie.

Si vous n'étiez pas dans un groupe, que feriez-vous ?

Je serais certainement écrivain parce que j'aime bien raconter des petites histoires. Certains de mes récits ne figurent pas dans les albums du groupe parce que je ne parviens pas à les résumer en quelques lignes. Ils sont trop longs. Je suis d'ailleurs en train de chercher un éditeur pour publier quelques nouvelles.

Au fait, qu'est devenue Valentine ?

Je ne l'ai pas vue depuis des années.

Rock Mixer #1 (mai 1998)