Chokebore - It's a Miracle

Nul n'est prophète en son pays, tel pourrait être la devise de Chokebore. Quasi cultes en Europe et finalement assez peu reconnus dans leur pays, les Hawaïens sont revenus d'entre les morts : beaucoup de tournées, des projets parallèles dont quelques titres composés par Balthazar pour Melissa Auf Der Maur, l'ex-Smashing Pumpkins. Quatre ans après Black Black, ils ont mûrement réfléchi leurs compositions. Tout d'abord dans le choix d'un nouveau producteur, abandonnant Peter Deimel avec qui ils avaient déjà travaillé, puis en abandonnant leur habituel studio Black Box pour Los Angeles. Il en ressort quelque chose de différent, d'inhabituel pour un groupe qui partagea jadis l'affiche avec Nirvana, quand même ! L'âge aidant, leur travail est plus posé et ce 5ème album est à la frontière de la pop anglaise, bien loin de la surf music que leur contrée d'origine aurait dû leur inspirer. Guitare acoustique, She Flew Alone débute tranquille, comme dirait Karine de Loft Story, puis explose en une apothéose de sonorités destructrices, avant de finir aussi calmement qu'elle n'avait commencé. Le tout condensé en deux minutes intenses au possible. Person You Chose atteint également un lyrisme étonnant, avec des accents lennoniens dans la voix. Mélancolie quand tu nous tiens... Car cet album est aussi le signe d'un ras le bol, pour leur ville d'adoption notamment et à qui ils dédient Ciao L.A. "I won't stay in L.A. and die inside my car." (Je ne veux pas rester à L.A. et mourir dans ma voiture.) A mon humble avis, le meilleur titre est sans aucun doute le très aérien Police et son intro planante venue tout droit de l'espace. Le piano sur Ultra-Lite avec ses petits accompagnements mélodiques à la gratte électrique donnerait presque un petit air de Procol Harum à la chanson : magnifique. On retiendra quelques morceaux plus énervés comme Little Dream ou Snow, mais il ne semble plus que ce soit dans l'air du temps. It's a Miracle n'en est finalement pas un, ce serait trop injurieux envers Troy B. Balthazar et ses compères. Non, c'est juste un excellent disque. Et rien d'autre.

F.B.

Rock Mag #20 (août 2002)