Chokebore - Black Black

Déjà le quatrième album pour les hawaïens de Chokebore. Ce rythme soutenu, ils l'assument et l'expliquent : leur but est d'atteindre la perfection, écrire la chanson universelle, la musique idéale. Une quête risquée, éprouvante, nécessitant un recul absolu. Passionnés à en crever, ils ont, une fois de plus, choisi la France pour enregistrer, capturer, ce "Black Black". Los Angeles considérée comme trop étouffante. La première impression est que Chokebore a encore ralenti le tempo. Et les treize morceaux s'enchaînent avec difficulté, presque monotonie. On craint le pire. Et puis on s'attarde sur ces quelques accords écorchés, sur cette voix toujours plus touchante. Touchante mais pas triste. Chokebore aime la beauté et refuse à confondre beauté et tristesse. Il pleure mais presque par plaisir. Pas du style à s'apitoyer sur son sort, il ne veut vivre que pour sa musique. Mission, encore une fois, accomplie. Et même si l'on peut regretter les attaques soniques des deux premiers albums, on succombe, après de multiples écoutes, aux fresques fantastiques de Chokebore, à son humour tout en décalage, à ses ambiances personnelles, destinées aussi bien au cœur qu'à l'âme, à ses guitares qui traînent, insistent. "Black Black" est l'oeuvre du groupe la plus inaccessible à ce jour. Peut-être aussi la plus belle...

Elliot Constantini

Rage #36 (mai 1998)