Chokebore - Black Black

Il y a des groupes à qui l'on demande de nous surprendre à chaque nouvel album... Et il y a ceux, plus rares, que l'on souhaite voir immuables, capables de faire fonctionner la magie sur des recettes qu'on leur souhaite éternelles. Chokebore fait définitivement partie de cette seconde catégorie de formations que l'on aimerai garder rien que pour soi, à l'abri d'un succès qui commence à pointer son nez et des premières cohortes de fans pubères...

Longtemps second couteau de l'écurie Amphetamine Reptile, berceau du terrorisme sonore, dont les pensionnaires ont disparu le plus souvent submergés par leur propre extrémisme, Chokebore s'impose aujourd'hui en survivant parce qu'il est le groupe parfait pour une fin de siècle. On pourrait évoquer une énergie du désespoir sublimée et on se retrouve en fait devant le chaos de la souffrance, bâti sur des mélodies brinquebalantes mais déchirantes et une énergie qui s'apparente plus à des convulsions.

Etrange façon, me direz-vous, d'aborder un disque presque pop ou d'un rock frôlant le classique des nineties si ce n'était les vocaux atypiques de Troy, mais s'il n'y avait qu'un groupe dont on ne pourrait douter de l'intégrité, ce serait celui-là, et à force de vivre leurs concerts comme si c'était à chaque fois le dernier, j'en deviens inquiet pour leur avenir. Chokebore risque de disparaître chaque jour, tant il peut se voir englouti par son propre sens de l'humain.

Eric Loiseau

Presto ! #18 (mai 1998)