Chokebore - It's a Miracle

It's a Miracle. Ici, le miracle ne tient pas tant au retour de Chokebore après quatre années de silence discographique, eux qui nous avait habitués à donner régulièrement signe de vie depuis leur premier album Motionless en 1993 qu'à la douce métamorphose que le groupe amorce aujourd'hui avec le successeur de Black Black enregistré en terre angevine. Quatre années dont la moitié passée à présenter sur scène les chansons de ce disque au titre évocateur du contenu durant lesquelles le groupe a pu remettre à plat son ouvrage et changer sa méthode de travail en enregistrant chez lui à Los Angeles plutôt qu'en France comme le furent leurs deux derniers disques. Avec pratiquement dix ans d'activisme noisy au compteur, le miracle tient ainsi au changement opéré par les hawaïens exilés à Los Angeles : un glissement dans la continuité où l'on voit Chokebore calmer un peu ses nerfs. Délaissant quelque peu les guitares noisy d'hier, Chokebore invite donc guitare acoustique et autre piano à magnifier ses chansons sombres. Si l'heure est à l'apaisement sur la forme musicale (même si la tension demeure palpable), les textes de Troy B. Balthazar restent quant à eux plombés par le désespoir à l'image de Geneva et son "my life is just like when you left it, full of rain filled with low lights and sad girls".
L'essence d'It's a Miracle ne se trouve ainsi pas dans ces chansons rock indie concises (pas plus de trois minutes) et terriblement efficaces que sont Ciao L.A. et son riff impeccable échappé des Pixies ou Little Dream. Non, l'essentiel de ce cinquième album se trouve dans ce fragile alliage d'acoustique et d'électricité saturée que Chokebore construit avec Geneva, Be Forceful ou Snow, dans ses arpèges acides qui éclairent Police, dans ses mélodies mises en relief par un jeu de contrastes lumineux comme sur le magnifique I'll Save You, dans ces guitares qui ne connaissent pas le goût du sucre mais celui de l'acier, dans ce chant émotionnel sans être plaintif.
Disque de transition d'une musique hardcore vers une sensibilité à fleur de peau qui ne repose plus forcement sur l'électricité nerveuse et lourde des guitares, It's a Miracle est bel et bien un miracle. Chokebore y continue son chemin en épurant sa matière sonore sans la délayer et s'ouvre de nouvelles routes comme avec Ultra-Lite, ballade où piano et guitares se rencontrent. On sent d'ailleurs le désir du groupe de tendre vers une libération de son carcan guitare-basse-batterie et de son passé noise.
Chokebore a vieilli mais dans le bon sens du terme et autant dire que son avenir est aujourd'hui plus que jamais devant lui. "I'm not afraid of where I'll go" prévient Troy B. Balthazar dans I Love Waiting. Nous non plus.

Gaylor Olivier

Merry.Go.Round (2002)