Chokebore - Black Black

Mesdemoiselles, évitez de croiser le chemin de Troy Bruno Balthazar. Il vous fera sans doute fondre mais ses rapports avec la gent féminine semblent marqués du sceau de la complexité, de la défiance, de la douleur et du profond désespoir de ne pouvoir toucher du doigt l'absolu. Toutes les paroles de Black Black (noir, c'est noir, c'est bien connu) l'indiquent. Voilà pas mal de temps que Chokebore a quitté Hawaï, mais dès les débuts, soleil et palmiers n'avaient apparemment pas grand effet sur le spleen de Troy. Au fil des trois premiers albums, on a été de plus en plus marqués par l'étrange et belle voix nasale aux tremolos plutôt inhabituels dans le monde du post-hardcore. Il est vrai que peu à peu, le groupe a canalisé son énergie intelligente mais farouche pour arriver à des compositions plus crépusculaires, plus émouvantes. Black Black, enregistré dans la campagne angevine en compagnie de Peter Deimel (l'associé de Iain Burgess au studio Black Box), est le disque qu'on attendait de ce groupe dont les albums n'étaient jusqu'ici pas uniformément brillants. Black Black l'est, d'un Speed of Sound doucement épuisé à un The Rest of Your Evening presque apaisé. Entre les deux, quelques beaux éclairs de révolte (Chokebore reste un groupe à guitares saturées), jamais aveugle, toujours empreinte d'une mélancolie poisseuse (le sublime The Perfect Date ou l'explicite Distress Signals) ont écarté toute idée de monotonie d'un disque curieusement équilibré né d'esprits trop torturés pour leur propre bien.

*****°

Philippe Richard

Magic! #20 (mai-juin 1998)