Honolulu dreaming

Chokebore a accédé avec Black Black, son dernier album, à une relative popularité.
Pourtant, le groupe avait déjà sorti trois albums et existe depuis un bon moment. Leur musique n'a en plus pas rencontré de changement radical. Effet de mode ou soudaine découverte d'une musique sensible pour un nouveau public ? Chokebore a fait le voyage à trois jusqu'à Paris, le batteur étant retenu aux Etats-Unis, pour une série de concerts acoustiques et électriques en Europe. L'occasion pour nous d'en savoir un peu plus...

Chokebore préfère la tristesse à la joie. Tous leurs morceaux (quasiment) sont là pour nous le démontrer. On a l'impression qu'ils pratiquent l'alchimie de la tristesse pour en extraire la mélancolie, solide et palpable. « Les chansons tristes sont plus belles à écouter », disent-ils simplement. Après Amsterdam, Bruxelles, c'était au « Supermarché du Disque » de Montparnasse que Troy et Jonathan se produisaient en showcase acoustique. On pouvait ainsi apprendre que Days of Nothing avait été écrit en Hollande, dans une atmosphère plutôt enfumée qu'on imagine aisément, et qu'elle raconte une journée de vide complet, ou à écouter un morceau que la mère de Troy lui chantait lorsqu'il était petit. Nostalgie et tristesse, toujours. Chokebore balance son désespoir avec une force impressionnante et émouvante, mais se montre détendu entre chaque morceau. Chokebore sait pratiquer un humour à froid et est capable de débiter les plus grosses conneries avec un sérieux déconcertant. Difficile de discerner où commencent et où finissent leurs délires.

Quand on leur parle de leur relatif succès en France et en Europe, Chokebore fait preuve d'une magnanimité dont on n'aurait douté :
« C'est facile de faire un single, une chanson commerciale, mais on en a rien à battre. Nous, on veut faire le meilleur disque, le meilleur concert sans sacrifier notre intégrité. On a été contacté par d'autres labels, mais ça ne nous a pas intéressé parce qu'ils te donnent de l'argent, mais tu dois changer ta musique. »
Black Black est sorti sur Boomba Records, nouveau nom d'Amphetamine Reptile pour l'Europe. Beaucoup sont surpris de voir Chokebore sur ce label, côtoyer des groupes plus noisy, plus extrêmes, voire radicalement différents, comme Hammerhead ou Cows :
« Les groupes d'Amphetamine sont cools, ce sont des amis, mais notre musique est effectivement très différente. »

La France commence à leur être familière, puisque c'est à Angers, avec Peter Deimel qu'ils avaient enregistré A Taste for Bitters : « On était en Europe à ce moment là, des amis nous ont dit que c'était un bon endroit, alors on a essayé et comme on avait eu une bonne expérience et qu'on aimait les personnes, on a recommencé pour Black Black. » Sans compter les concerts et les enregistrements, ils nous confient qu'ils passent énormément de temps en France et avouent en apprécier le public, ainsi que la mentalité des gens qu'ils peuvent rencontrer.

L'écriture se passe d'une manière lente mais sûre pour Jonathan et Troy, principaux compositeurs du groupe : « Pour écrire, j'aime prendre mon temps, être seul, tranquille, avoir de l'espace. » Au niveau musical, Chokebore gardera les mêmes bases (guitares, basse, batterie), même si ça et là on a pu entendre des morceaux sur lesquels s'étaient greffé un piano (The Rest of Your Evening sur Black Black par exemple), ils n'envisagent pas d'utiliser des instruments électroniques sur leurs prochaines compos. Et lorsqu'on les questionne sur leurs influences, leurs références musicales, ils partent dans un délire plutôt marrant servant à masquer ce « secret ». Ils ne souhaitent pas s'étendre. On saura seulement qu'ils aiment Otis Redding et Ray Charles !!!
Troy était en train d'écrire un livre déjà bien avancé. Il avouait même l'importance de ce livre pour lui, véritable et nécessaire second projet, parallèle à Chokebore. Il se montre encore ému lorsqu'il évoque le vol de ce livre (dérobé lors d'une tournée en Espagne) : « J'écris toujours beaucoup, mais pas autant. J'ai réalisé que rien n'était éternel. »

Chokebore, groupe désespéré ? Qu'est-ce que vous allez faire ce soir à Paris ? :
« On s'assoit et on regarde par la fenêtre ! On a des regrets, mais on n'est pas des slackers. On est trop triste, on n'est pas paresseux, juste désespérés. »
Mais, le bassiste, le premier à déconner, nous raconte pourquoi il se sent mal :
« Aujourd'hui, on était sur la route et j'avais un gros morceau de hasch, histoire de passer du bon temps, de triper un peu à Paris. J'avais mon morceau à la main au cas où il y aurait des flics. Je voulais me fumer une pipe, mais il s'est échappé par la fenêtre. C'est pour ça que je suis triste ! »

Seb et Rom

Furia #8 (décembre 1998)