B. Balthazar - Sweet Receiver EP

Durant l'entre-deux qui sépare deux pièces de poids, « Black Black » en 1998 et « It's a Miracle » annoncé pour le printemps 2002, Chokebore aura laissé tomber deux pierres du camion, façon d'aider à passer le temps, de dire qu'on est toujours là.

Le « Strange Lines EP » de Chokebore est la première ; le « Sweet Receiver EP » est la seconde, délivrée par un Troy Bruno Balthazar en solo. Solo intégral car sur ces trois morceaux, il joue de tout.

On reconnaît bien évidemment l'écriture du leader de Chokebore et il est évident à la base que chacune des ces trois compostions aurait pu trouver son chemin vers la panoplie Chokebore s'il n'en avait pas été autrement.

Troy les a plutôt amenées vers des plaines pop, folk et acoustiques, plus mélodiques et moins désespérées que du Chokebore traditionnel.

B. Balthazar ayant commencé à exercer son songwriting au début des années nonantes et sa production solo n'ayant jamais enfanté quelque chose en public jusqu'ici, ces trois morceaux me rappellent plutôt une certaine façon de faire, en plus lo-fi cependant - sans la production épuisante - , propre à des gens comme R.E.M, Buffalo Tom, Grant Lee Buffalo ou le Nirvana Unplugged.

Pas de quoi mettre en danger Chokebore alors. D'ailleurs, si à la sortie de ce maxi on annonçait l'enregistrement et la sortie prochaine d'un album solo complet pour B. Balthazar, tout cela est tombé dans les limbes en faveur de la production du prochain véritable album de Chokebore.

Tout tient ici debout comme d'habitude grâce au chant de Troy qui comme à l'ordinaire suinte sous la peau de l'auditeur rapidement subjugué et alangui.

« Enemies » et « One Last Happiness » souffrent un peu du problème d'être passe-partout, deux bonnes chansons pop folk mélodiques mais pas pointues du tout. C'est la musique qui fait un peu défaut ici, jolie, enveloppant les chansons comme il faut. Un peu trop comme il faut. La tension de Chokebore manque cruellement à « One Last Happiness » par exemple. Troy ne se détache pas suffisament de son groupe pour défendre ses chansons, mais comment lui reprocher d'être lui-même ?

Seul le « Sweet Receiver » s'échappe, atteint suffisament de densité, comme une pépite de « Black Black » jouée au piano. Un piano spectral, rampant. Longue promenade troublée, de douleur hagarde, trois minutes sur la plage vide et battue par le vent. Troy est là bien seul et nous aussi en écho. Le vent amène la larme à l'oeil et c'est tout.

Didier

Matamore (décembre 2001)