Café de la Danse, Paris, 8 décembre 1998

Quel que soit le concert, le lieu ou les conditions dans lesquelles ils jouent, un concert de Chokebore n'est jamais décevant ou de qualité médiocre. Il existe à ma connaissance peu de groupes aussi sincères sur scène. Chaque prestation est un pur bonheur voire un moment de grâce. Le son y est toujours puissant, la voix de Troy von Balthazar oscille constamment entre force et fragilité, à l'image de cette musique tantôt calme, tantôt agitée, tantôt grave, tantôt hystérique, jamais légère, toujours surprenante.

Chokebore est un véritable groupe de scène, lieu où ses membres semblent être le plus à l'aise, car ce qui surprend toujours lorsqu'on approche le groupe c'est cette réserve, cette retenue qu'ils affichent, véritable contraste avec leur comportement scénique.

En concert le plaisir du groupe se mesure à celui du public et il faudrait être vraiment difficile pour nier le bonheur que l'on prend à voir de telles performances. Après avoir vu plusieurs fois Chokebore sur scène il est possible d'affirmer qu'aucun concert n'est tout à fait le même du fait des interventions ponctuelles de Troy entre les chansons et de son rapport particulier avec le public, proche ou distant, généreux ou pudique; mais surtout à cause du choix des titres qui diffère d'un soir à l'autre créant parfois de véritables surprises lorsque le groupe décide de jouer quelques inédits ou d'interprèter des morceaux inhabituels dans des versions non moins singulières. On retiendra donc du dernier concert de Chokebore au Café de la Danse, l'interprétation d'un nouveau morceau créé deux semaines auparavant auquel le groupe n'avait pas encore donné de titre, morceau qu'ils jouaient peut-être pour la première fois mais dont la beauté nous subjuguait déjà ; et puis il y eut à la fin l'ultime titre, Your Let Down, qui prit sur scène toute son ampleur.

Projetant de retourner aux Etats-Unis après leurs quelques concerts donnés en France, il est possible qu'on ne voie plus le groupe sur scène avant quelques mois, le temps pour eux de préparer un nouvel album pour lequel ils ont déjà trois morceaux. On patientera donc en écoutant Black Black, A Taste for Bitters, Anything Near Water et Motionless, mais surtout en visionnant la sublime vidéo qui accompagne le titre Where Is the Assassin?, clip en noir et blanc tourné entièrement chez Troy, dans une atmosphère on ne peut plus intime puisqu'on y aperçoit même son propre chat...

Catherine Baron