Chokebore - It's a Miracle

Ambiances

Pour ceux qui auront eu la chance de savourer les nouvelles compositions de Chokebore lors de leurs concerts (à la Route du Rock puis à l'occasion de leur vraie tournée en avril/mai), cet album risque de surprendre. L'énergie et la recherche de notes dissonantes, ingrédients qui ressortaient fortement de leur concert ne sont qu'à peine présents sur It's a Miracle, disque posé, sage et réfléchi. Chokebore s'éloigne de A Taste for Bitters et de Black Black, sans les renier totalement pour autant. Ces deux monuments de noirceur, de tristesse, aux ambiances swelliennes lorsque Troy Bruno Balthazar exprime son mal-être, auraient du marquer leur époque. Comme chez Swell, Chokebore a été pas mal ignoré et complètement sous-estimé. Les paroles très personnelles de Troy B. Balthazar sont pourtant de pures merveilles, la facilité avec laquelle il nous perd dans ses sentiments est confondante.

Ouverture

Les ambiances intimistes et dépressives qui se retrouvent dans It's a Miracle sont le lien le plus évident avec les albums précédents. Le changement majeur réside dans la manière dont ces ingrédients sont sublimés par cette musique si délicate. Le travail musical est réellement impressionnant, que ce soit au niveau du traitement sonore, des harmonies vocales, des parties de guitares ou de ces moments décalés où le récit se fait plus fragile. Le subtil équilibre de la chanson semble alors se perdre, pour finalement retrouver une sérénité encore plus grande. L'expérience est troublante et se répète sur l'ensemble des pièces qui constituent It's a Miracle. L'ouverture éprouvante de l'album avec "Ciao L.A." en témoigne : I'm not here / I'm looking back against the tour of Black Black / You can't make me stay / I am not like you are / I won't stay in L.A. and die inside my car.

Sentiment

A Los Angeles les membres de Chokebore ont pourtant trouvé la force d'enregistrer It's a Miracle loin de leur îles hawaïennes et après maintes péripéties. Et les morceaux s'enchaînent, nous perdant de plus en plus au gré de ces belles trouvailles mélodiques, de ces textes inquiétants et captivants. "I'll Save You", "Snow", "Be Forceful", "Little Dream"... Autant de joyaux qui risquent de nous hanter quelques mois encore, les écoutes successives n'étant que des redécouvertes. It's a Miracle rappelle avec élégance le sentiment qui nous a gagné lors de l'écoute du Ideal Crash de Deus : la sérénité. Si chez Chokebore ce sentiment passe par une certaine tristesse, quand "She Flew Alone" sonne la fin de It's a Miracle on ne reprend pas conscience avec amertume ou l'esprit obscurci, on a simplement partagé, le temps d'un disque, notre peine, ces petits instants tristes que l'on ne s'explique pas toujours. On s'est totalement abandonné dans l'écoute de ce disque, livré comme Balthazar s'est dévoilé. On ressort néanmoins indemne, léger, purifié et comme dirait Superflu : désobscurci... Un pur bonheur donc.

Le Cargo ! (juin 2002)