Interview : James, Jon & Troy, 26 avril 2001, Koslow, Bordeaux

Ancien fer de lance du label américain de noise-core Amphetamine Reptile au côté de groupes comme Unsane, Hammerhead ou Love 666, Chokebore n'avait pas tourné en France depuis au moins deux ans et leur monument de mélancolie « Black Black ». A l'occasion de la sortie d'un nouveau EP « Strange Lines » et avant d'enregistrer un nouvel album, le groupe a effectué une dizaine de dates dans notre contrée, dont quatre avec les touloussains d'Experience et une au festival Garorock de Marmande (!!!) La date bordelaise fût l'occasion de rencontrer ces hawaïens spécialistes du spleen à guitares saturées, lors d'une interview improvisée au bord de la route avec Troy (chanteur-guitariste), Jonathan (guitare) et Frank (basse).

Que signifie le nom Chokebore ?

Frank : Chokebore ne veut rien dire, c'est juste un nom tiré d'un livre.

Jonathan : Effectivement nous l'avons emprunté dans un livre quand nous travaillions sur notre premier single. Nous aimions comment cela sonnait et l'impression visuelle que laissait le nom écrit.

Quels artistes vous ont donné envie de faire de la musique ?

Frank : Beaucoup de gens font de la bonne musique, comme Marvin Gaye qui allie un talent du point de vue rythmique et mélodique. Sinon il y a tous les bons trucs de la télé : Sade, Sublime... (rires)

Troy : Enlevez-lui le magnéto !... Pour moi David Bowie, Massive Attack et Tom Waits.

Qu'avez-vous fait durant l'intervalle de temps où vous avez été absents des scènes françaises ?

Troy : Nous avons passé beaucoup de temps à Los Angeles où nous avons écrit pour le prochain album. Nous avons au moins l'équivalent de deux disques. Nous avons aussi tourné au Japon et fait un grand nombre de dates aux Etats-Unis.

Après des débuts rageurs, vos disques sont devenus de plus en plus mélancoliques. Pourquoi ?

Troy : C'est juste une progression naturelle, c'est ce que nous faisons de mieux. Nous essayons d'écrire les chansons les plus belles possibles et en fait la musique mélancolique nous paraît plus adéquate pour cela.

Vos nouveaux morceaux sont-ils encore plus mélancoliques que ceux de « Black Black » ?

Troy : Peut-être un peu moins en fait. Nous n'essayons pas d'aller obligatoirement dans cette voie-là. Nous écrivons et cela sort comme ça. Ceci dit, je trouve les nouveaux morceaux vraiment différents de « Black Black ».

Quand vous composez, vos paroles relativement tristes influencent-elles la musique ou à l'inverse vos paroles sont-elles plutôt influencées par la musique ?

Troy : Les deux. Chacun apporte des bouts de morceaux. On les réunit et si cela colle c'est une chanson de Chokebore. Mais il est vrai que les paroles peuvent donner une direction au morceau...

Jonathan : ...tout comme une mélodie peut influencer tes textes.

Allez-vous de nouveau enregistrer au Black Box studio comme pour « A Taste for Bitters » et « Black Black » ?

Frank : Non pas pour l'instant.

Jonathan : Pas pour le prochain disque.

Troy : Nous allons l'enregistrer ailleurs et probablement au mois de juillet. Nous aimons bien essayer de nouveaux endroits.

Durant votre carrière vous semblez avoir eu des problèmes avec vos batteurs (quatrième changement de batteur !) ?

Troy : Probablement oui ! (rires)

Jonathan : Nous sommes en bons termes avec tous nos anciens batteurs. Christian le batteur qui joue avec nous actuellement est en fait notre second batteur qui jouait sur « A Taste for Bitters ». Mike, celui qui jouait sur « Black Black », est toujours un ami, nous le voyons assez régulièrement. Il a quitté le groupe car il en avait marre d'être tout le temps éloigné de chez lui. Il avait envie de rejoindre sa famille et ses amis. A ce moment Christian était prêt à revenir. Quand on passe beaucoup de temps en tournée à refaire les mêmes choses, certaines personnes ont besoin d'un break.

Votre groupe est réputé pour ses prestations scéniques explosives, où trouvez-vous toute cette énergie sur scène ?

Troy : la drogue ! (sourire)

Vous prenez beacoup de drogue ?

Frank : Enormément de Coca-Cola !

Troy : En fait je branche mon jack, j'allume l'ampli et l'énergie arrive !

Jonathan : Oui plus que tout je crois que ce qui nous donne cette énergie c'est le son amplifié et le public. C'est hallucinant l'énergie que tu peux retirer d'une foule quand elle a à t'en offrir.

Frank : En fait l'énergie provient de la réaction des gens et de l'excitation d'être sur scène. Si tu n'apprécie pas naturellement d'être sur scène avec tout le temps que tu y passes, il n'y a aucun intérêt à être un musicien.

N'était-ce pas étrange pour vous de jouer à Marmande au milieu de groupes festifs (Ruda, Spook...) ?

Frank : C'était étrange et inhabituel.

Jonathan : Mais on a passé un bon moment.

Troy : C'était un concert bizarre, mais on s'en fout. Nous avons juste joué notre musique.

Jonathan : C'était une expérience très intéressante. Quand le groupe joue dans des clubs la majorité du public est là pour écouter notre musique. Je trouve bien de pouvoir jouer dans un endroit différent où le public n'est pas forcément là pour vous.

Avez-vous d'autres projets que Chokebore ?

Troy : Je fais de la musique acoustique et Jonathan réalise des oeuvres artistiques.

Jonathan : Et Christian a différents projets, des choses ambiantes ou électroniques.

Que pensez-vous du virage électronique d'un groupe à guitares comme Radiohead ?

Troy : Je n'écoute pas vraiment Radiohead.

Jonathan : Dans le groupe on écoute vraiment des choses très différentes de Billie Holliday à Mad Professor en passant une fois de plus par David Bowie. En général quand j'écoute de la musique j'ai envie d'écouter des choses différentes. Non pas que je sature vite mais j'ai besoin de changement.

Appréciez-vous Experience, avec qui vous tournez ?

LES TROIS ENSEMBLE : Yeah, Yeah !

FIN

Elmo

Cafzic #25 (juillet-août-septembre 2001)