Honolulu la triste

Chokebore : « Nos chansons sont un peu trop heureuses à mon goût. »


Jetez les cartes postales, oubliez les clichés, Chokebore a beau venir d'Hawaï, ils ne sont ni riches, ni célèbres. Ils sont.

« C'est important de pouvoir crier sur scène chaque soir, c'est un truc qui fait du bien. » Troy Bruno Von Balthazar, chanteur et leader du groupe Chokebore, ne fait pas que crier. Il parle avec une égale intensité. Intercepté au téléphone pendant la tournée de son groupe, on découvre un homme aussi introspectif et charmant qu'il peut être explosif et les nerfs à vifs sur scène.

C'est à Honolulu que tout démarre, il y a sept ans. Drôle d'endroit pour une rencontre ? « Hawaï, c'est un coin cool où tu peux trouver plein de choses intéressantes, comme l'océan, ou de la bonne musique. » Résultat : une bande de surfers chantant l'amour facile et la plage, Chokebore ? Pas vraiment, non. Au contraire, ils ont cueilli là-bas un rock dense et pénétrant, empreint d'une tristesse maladive. « La plupart du temps, je trouve nos chansons un peu trop heureuses à mon goût, explique Troy. C'est le regard des autres qui me fait prendre conscience de leur infinie tristesse. » Leur dernier album - le quatrième, déjà - s'intitule d'ailleurs Black Black.

Et pourtant, finies les années les plus noires et les vaches les plus maigres. « Cela fait maintenant cinq ans qu'on tourne. On a longtemps été sans le sou. Mais on a toujours préféré renoncer à une vie normale plutôt qu'au groupe, qui est la chose la plus importante que j'aie. » On les a ainsi découvert en première partie de Nirvana ou des Butthole Surfers avant d'atteindre le haut de l'affiche. Et de quitter Honolulu.

« On s'est installé à Los Angeles il y a quelques années. Hawaï devenait trop petit, il n'y a que deux clubs valables là-bas et nous, ce qu'on voulait, c'était jouer dans un lieu différent chaque soir. » Objectif atteint. Et c'est désormais en Californie que Troy, boule de nerfs au repos, confectionne, sur sa guitare acoustique, dans la quiétude de son domicile, ses chansons pleines de violence mélancolique.

Olivier Nuc

ADEN #33 (13-19 mai 1998)