Interview : Troy

Presque trois ans que Chokebore, qu'on avait l'habitude de voir débarquer tous les six mois n'avait pas donné de nouvelles. Les voilà enfin de retour avec un nouveau single, justement intitulé "Strange Lines", tant il est intrigant. Deux titres courts aux rythmes syncopés dans la plus pure veine du groupe, si ce n'est qu'ils sonnent encore plus décalés qu'à l'habitude et un étrange exercice de style s'étalant sur dix-huit minutes qui nous embarque dans des tourbillons de mélancolie, nous ballotte au gré du sac et du ressac de sentiments lancinants et dont on ressort forcément un peu chaviré. Ils sont de surcroît en tournée, et la scène nous les montre pleins d'une nouvelle ardeur qui semblait quelque peu estompée lors de leur dernier passage, jouant des tas de nouveaux morceaux, alternant comme toujours le calme et la tempête. Il y a chez Troy une propension à la tristesse confinant au désespoir, une quête effrénée de la beauté parfaite et une inébranlable innocence qui rendent sa musique incroyablement poignante. Il ne faut pas toujours croire ce qu'il dit mais il est fortement recommandé de se laisser bouleverser par ses émotions, elles sont tellement réelles qu'elles sont presques palpables. ***

Nous n'avons pas entendu parler de Chokebore depuis un long moment, pas de disques ni de tournées depuis presque trois ans, qu'avez-vous fait pendant tout ce temps ?

Chokebore a écrit beaucoup de musique et a beaucoup joué aux Etats-Unis. On a aussi été au Japon pour la première fois. C'était vraiment génial !

Vous venez de sortir un single, à quand l'album ?

Oui Chokebore a sorti un nouveau single qui s'appelle Strange Lines et j'ai aussi sorti un single sous le nom de B. Balthazar qui s'appelle Sweet Receiver. La raison pour laquelle Chokebore n'a pas encore fait d'album c'est qu'on n'a pas trouvé de label sympa qui comprenne ce qu'on veut faire avec la musique. Je ne sais pas encore où on sortira le prochain album, c'est un secret !

Il semble que Mike ait quitté le groupe...

Oui, Mike nous a quittés en bons termes... Il voulait commencer à enseigner le karaté et mener une vie plus normale que ce que Chokebore avait à lui offrir... Donc Christian est revenu... c'est un très bon batteur !

En dehors de Chokebore, tu as un projet solo sous le nom de B. Balthazar. Tu peux nous en parler ? Est-ce différent de Chokebore ?

Oui, B. Balthazar sonne différemment de Chokebore. Je me sens différent quand j'écris de cette façon, à jouer tous les instruments et tout, c'est une façon différente de regarder la musique s'échapper de toi ! Je fais des concerts sous cette formule depuis quelques années mais récemment j'ai décidé que je devais vraiment faire cette musique ! C'est important de penser que tu vis pour quelque chose. Je veux de la musique chaque jour et faire B. Balthazar double ma quantité journalière de musique ! J'ai des morceaux qui ne marcheraient pas avec Chokebore... ils méritent d'avoir leur propre existence, maintenant, je leur donne vie ! Quand j'écris, je ne sais pas pour qui il sera alors je le laisse vraiment couler à l'intérieur de moi, c'est alors que je décide qui le fera sonner de la façon la plus proche de ce que j'entends dans ma tête.

Tu as des projets avec B. Balthazar ?

J'ai sorti un single qui s'appelle Sweet Receiver EP. Ca marche plutôt bien. Je suis heureux parce qu'il est entré au Top 30 des charts des college radios de Los Angeles, wow ! ça m'éclate ! je n'ai jamais fait de musique en pensant que quelqu'un l'aimerait... J'ai l'impression que c'est tellement une partie de moi que les gens vont penser que c'est trop bizarre, mais je pense que ça va... j'ai sorti le Sweet Receiver EP sur le site www.sweetreceiver.com avec l'aide d'une radio internet underground cool qui s'appelle www.frenzymedia.net... allez y jeter un oeil ! Je vais tourner sous le nom de B. Balthazar en Italie en Mai, et puis à l'automne je vais faire une tournée complète en Europe. Donc si quelqu'un veut que je joue dans sa ville, il a juste à m'envoyer un e-mail à partir du site www.sweetreceiver.com. J'adorerais jouer de la musique douce et triste partout !

Tu penses sortir un album ?

Je pense à plusieurs labels pour le futur, mais pour le moment je veux tout faire moi-même parce que j'apprends tellement chaque jour... c'est bon pour le cerveau !

Est-ce que tout ça signifie un certain désengagement vis-à-vis de Chokebore ?

Non. Chokebore est tellement ancré au plus profond de mon cœur et j'adore les types du groupe. L'énergie va et vient, c'est seulement une question de partage de l'énergie, c'est la vie.

Il y a quelques années ça marchait très fort pour le groupe, surtout en Europe, et puis vous vous êtes retrouvés sans label. Est-ce que parfois tu as le sentiment d'avoir raté quelque chose ?

J'ai été au plus bas pendant ces quelques dernières années, j'ai failli mourir de faim. Je veux dire que j'ai vraiment cru que j'allais mourir, je n'avais pas mangé pendant cinq jours et c'était comme ça depuis des mois. Je commençais à avoir des hallucinations tout le temps. C'était très intense, mais je suis arrivé au point où je devais me demander ce que je voulais vraiment faire de ma vie... Et la réponse c'était faire de la musique qui vienne directement de mon âme et sonne à l'extérieur de la même façon qu'elle résonne à l'intérieur de moi. Et puis j'ai réalisé que tout allait bien et si je continue d'essayer peut-être que je ne serais plus jamais dans la misère... J'ai tiré de bons morceaux de tout ça ! Qui peut savoir ce qui va arriver ensuite, tout ce que je peux faire c'est essayer d'écrire quelque chose de beau, c'est tout.

Janique

Abus Dangereux face 72 (mai-juin 2001)